Le Cri d’Alarme

By Louis Bauduin

Posted on February 17th, 2009 in Algeria, Arabia, Egypt, France, Syria, Tunisia

Je voudrais rappeler le cri d’alarme lancé par Monsieur Robert Mauvy ! : 

“Renouvelant mon cri d’alarme, mon cri de désespoir ! Il faut absolument et à tout prix sauver ce qui reste du véritable Pur Sang Arabe. Il est impossible de laisser disparaître l’une des plus belles oeuvres du Créateur. Que l’initiative privée, que les amis et admirateurs du Noble Cheval se resserent et prennent en main cette admirable mais dure tâche : Sauver à tout prix le Cheval Arabe ! Je les en supplie car demain … demain il sera trop tard !…” 

Monsieur Robert Mauvy qui avait plus de quatre vingt années d’expérience a fait éditer un petit livre; oh, non pas un album de photos ni même une encyclopédie mais le contenu en est d’une très grande richesse : “Le Cheval de Pur Sang Arabe” chez Crépin Leblond. 

Il est très néfaste et dangereux pour la race chevaline entière de vouloir élever l’Arabe en fonction d’une mode ou d’une discipline ! L’Arabe est et doit rester le cheval de chasse et de guerre des nobles Bédouins d’Arabie. c’est le “Don d’Allah”. “L’Arabe de Sang Pur” est fait pour l’attaque et le repli avec ses démarrages, accélérations et arrêts violents. Dans l’obscurité, il voit mieux que quiconque. Nanti de la plus grande rapidité, vivacité, maniabilité et souplesse, il choisit ses allures et son terrain. Il es intelligent et participe à la chasse comme au combat car monté libre. Dévoué à son cavalier et ami mais jamais soumis, c’est “une gentille brute”. 

Elever le Cheval Noble en fonction de nos caprices, d’une raison financière imbécile et sur un terrain qui n’est pas le sien, nous en feront un dégénéré. La discipline, les réglementations, l’abrutissent et l’agressent. Ce n’est pas un cheval de caserne, de concours ou de loisir au sens actuel du terme, encore moins de club. 

C’est le “Cheval Etalon” seul régénérateur. Pour conserver cette Valeur, il nous faut calquer au mieux malgré tous nos handicaps l’élevage Bédouin. Cela ne peut se faire qu’avec des origines irréprochables, ce qui est très rare. On ne fait pas de chevaux de guerre avec des sujets de show, voire même de course, ces deux espèces dégénérées inondent le marché et noient le “prototype”. 

Il tombe sous le sens que le métabolisme du cheval oriental soit tout à fait particulier ! La “saillie de minuit” qui n’est pas une légende, n’est pas toujours l’auteur responsable de l’abâtardissement de la race, le mode d’élevage, et tout particulièrement le régime alimentaire, peut l’être tout autant. 

Deux orientaux donneront facilement un rejeton qui toisera 10 cm de plus qu’eux, il suffit pour cela d’un gavage aux “aliments complets”, fourrages, mauvais foins, pâture à discrétion, compléments en tous genres, une pharmacopée à portée de main et pour bien assurer ce massacre l’abandon des géniteurs et du produit à l’inaction. 

L’Egypte ne possède pas ou qu’imparfaitement sol, climat et atmosphères rencontrés en berceau de races voir même dans les pays du couchant (le Maghreb: Algerie, Tunisie, Maroc) ou la Libye. Dandy de l’espèce, le cheval égyptien, outil de parade plus que monture de guerre fut certainement avec le Polonais qui lui n’intéresse pas ces lignes, l’étincelle de la dérive puis l’embrasement vers le Show. 

La Syrie peut s’enorgueillir d’avoir perpétuellement été terre de prédilection aux transhumances des tribus Nobles productrices du Cheval Pur. Berceau de Race sans contredit, des spécialistes veillent scrupuleusement à la pureté des lignées, s’inquiétant des méfaits que pourraient causer ces modes et besoins occidentaux, business destructeur de vérité avec pour seules foi et loi le profit maximum. Néanmoins, nombre de Bédouins n’ayant que faire de papier ou reconnaissance mondiale, aidés par la foi, préservent la Race Pure près d’eux. 

Ce mode d’élevage existait encore il y a quelques années à Maknassy, en Tunisie. Il semblerait depuis que la sélection dans ce pay n’ait cessé de s’effectuer essentiellement sur hippodrome. Comment oublier cette irréprochable fille d’Aïssaoui et ne pas penser à sa production. A quel Sires a pu être confiée cette exceptionnelle jument grise rencontrée à Sidi Thabet ? 

Image indélibile que celle de Guelta, superbe fille de Zilzal âgée de 26 ans, parée de cette séduisante robe grise truitée de larges pastilles, beauté avec qui nous avions fait connaissance à la jumenterie de Tiaret voilà bientôt trois décennies. Ses soeurs et cousines étaient toutes filles, petites-filles et arrière petites-filles d’orientaux, tels Ghalbane-Masbout-Safita-Bango, etc… Leurs descendants ont-ils conservés cette authenticité ? Qui a pu prendre la suite des étalons Larabi et Guercif résultant eux aussi d’une cascade d’orientaux ? 

Pharisianisme exclu, ces pays peuvent-ils toujours prétendre au titre de succursale de l’Orient, de pépinière du Pur Sang Arabe ? Des connaisseurs avisés et clairvoyants comme le commandant Bardot et Robert Mauvy rêvaient de voir naître en ces pays bénis, mieux que des Haras Souche : une Jumenterie Nomade ! 

De l’air, de l’espace, de l’ensoleillement, une nourriture tonique, une présence humaine constante, de l’exercice dès le plus jeune âge. Monter les mâles étalons au pas ainsi que les femelles vides, pleines et suitées. La Cavale Arabe n’est pas un “sac à poulain”, le plus gros du travail se faisant avec et grâce à elle. Proscrire l’abandon au pré… 

Avec toutes ces précautions, il ressortira certainement quelques sujets d’exception qu’il faudra impérativement juger sur le terrain. Les épreuves seront dénuées de toutes règles, si ce ne sont celles de la bienséance, seuls la cravache et l’éperon seront prohibés sur ces 5 à 15 000 m de galop. L’homme de cheval pratique le respect, il aime sa monture, connaît et en apprécie la valeur. Ensuite, une “cueillette” pourrait s’effectuer suivant la morphologie, le caractère et surtout les aptitudes. Certains sujets plus maléables pourraient être dirigés sur l’endurance qui n’est qu’un pis-aller. 

Des épreuves restent à instaurer comme des raids d’une cinquantaine de kilomètres et plus, d’une traite, allure libre en terrain varié mais relativement plat. L’Arabe est un cheval de plaine, laissons la montagne et ses cailloux aux mules. La majorité des produits qui découleront de ce mode d’élevage sera constitué de toute façon d’excellents chevaux de randonnée, voire même polyvalents dans la fourchette de leurs possibilités. 

Il n’est pas aisé de placer les sujets d’exception, ne connaissant que leur cavalier, ils le protègent jalousement. On peut tout leur demander, même si parfois ils ont quelques velléités… “j’y suis, j’y reste”. Ce sont des sujets à part entière, des personnalités, ils ne leur manquent souvent qu’un cavalier. 

Il est possible que ces réflexions fassent sourire certains “professionnels” du cheval qui ne manqueront pas de baver quelques niaiseries, je leur rétorquerai simplement : ON A LE CHEVAL QUE L’ON MERITE !

12 Responses to “Le Cri d’Alarme”

  1. Hello Mr Bauduin
    Merci for this ! Bravo

  2. Bonjour Louis et contente de faire votre connaissance,

    Merci pour cette introduction.
    Je viens d’avoir le petit livre dont vous parlez et c’est vrai qu’il m’a apporté beaucoup d’émotions. On dirait que Mr Mauvy a voulu nous faire partager sa vision et son amour avec des mots simples.

    Etant éleveuse de chevaux égyptiens, je préciserai juste par rapport à ce que vous avez dit que le cheval égyptien a tout de même était sélectionné depuis des centaines d’années en Egypte par les Mamelukes qui étaient des guerriers; dire qu’ils étaient uniquement des cheaux de parades n’est pas juste.
    Autre précision, il me semble que la tribu des Tahawis vivaient en Egypte, ils étaient originaires d’Arabie mais ont vécu en Egypte, ils avaient donc les conditions de vie nomade que l’on peut trouver ds les pays que vous avez cité.

    A vous lire…

  3. Peut etre, mais les chevaux Egyptiens d’aujourd’hui ne descendent pas des chevaux des Mamelukes.. Ils descendents des chevaux d’Abbas Pacha et d’autres Princes qui les ont apportes d’Arabie entre 1850 et 1900 pour la plupart.. Le desert est quand meme un peu loin.. Les derniers importes Egyptiens du desert remontent au annees 1940s; ce sont les chevaux de Becharat Bey..

  4. Oui entièrement d’accord, c’était juste pour rappeller que les chevaux égyptiens ont aussi, à un temps donné, été sélectionné sur les mêmes critères qu’en Arabie.

  5. Bonjour Clothilde,

    Très touché par l’intérêt que vous portez à mon petit article. Il est tant de choses à dire, échanger et partager pour la Sauvegarde du Cheval Arabe.
    M’appuyant sur le « le Cri d’Alarme » de mon viel ami Robert Mauvy qui voua sa vie à ce Cheval, mes modestes lignes, qui me paraissent essentielles néanmoins, tiennent plus d’un sauvetage que d’une sauvegarde. Rabachages et peines perdues peut-être car, pourquoi éveilleraient-elles plus d’intérêt que celle de mon cher ami ?
    Mais puisse ce message, cette plainte ou prière de mise en garde sur les dangers de l’élevage directionnel, ainsi que l’éloignement du Berceau de Race être entendus ! La gangrène est déjà fort avancée et les stocks s’amenuisent.
    Aussi pardonnez-moi de vous contredire : il n’est aucune analogie entre la monture des prestigieux Mamlüks et le cheval produit en Misr actuellement.
    Les Tahawys originaires du Hedjaz, me semble-t-il, arrivèrent en Egypte il y a deux siècles environ après un périple d’une centaine d’années en Tunisie et Lybie. Ces derniers émigrèrent par la suite en Syrie, où, malmenés en particulier par les Shammars, ils revinrent de nouveau après la mort du Prince Abbas Pascha s’installer près du delta limoneux du Nil, se consacrant à l’élevage du cheval certes, mais aussi de volailles, ânes, chameaux et bufles (Gamussah) ainsi qu’à la culture du maïs, coton et riz…
    Des sommités égyptiennes éminentes présentèrent un projet de Retrempe passant par l’importation d’étalons de famille Keheilan-Krush en provenance de Syrie !?
    Il est facile d’imaginer le tollé en Europe et aux Etats-Unis ainsi que les répercussions économiques pour le marché égyptien si cette entreprise avait abouti…
    Il ne s’agit pas ici de bagarre de clocher ni même d’esprit de joute, sommes tous logés à la même enseigne et s’il est des reproches à faire au cheval égyptien, il en est d’autres au tunisien, à celui du sud-ouest de chez nous, etc …

    Un cépage Pinot Noir ou Chardonay ne donnera pas le même vin en Californie qu’en Bourgogne.

    Vous priant de recevoir mes hommages les plus respectueux.
    A vous rencontrer,

    Louis Bauduin.

  6. Bonjour Joksimovic,
    Merci pour vos encouragements.

    Louis Bauduin

  7. Rebonjour Louis,
    Oui vous avez bien raison de défendre l’élevage du PSA ds son berceau de race. Et comme a dit avant Edouard ds d’autres articles, notamment celui sur le Yemen il me semble, il est grand temps…

    Pour préciser mes pensées, je ne voulais pas dire que le cheval égyptien avait vécu dans les mêmes conditions d’élevage que ds le Berceau de race. Je n’aime pas qu’on “confronte” les pays d’élevage de la race. Il est indéniable que les chevaux encore élevés ds le Berceau auront de plus grandes qualités physiques et de résistance. Mais tout le temps confronter les visions des différents élevages est aussi préjudiciable à l’ensemble de la race. Il est bon d’expliquer comme vous le faites les différences historiques qui ont faconné les PSA au cours des siècles.

    Bon courage dans votre quête!

  8. Edouard, what a beautiful photo of this
    mare and foal. So sorry I am unable to read and understand much of the post in French.
    Pam Studebaker

  9. Many of us are in the same boat, Pam! She is lovely, tho’, isn’t she?

  10. I will try to find the time to translate Louis’ beautiful plea into English. Meanwhile, you can put it into Google Translate for an approximate translation..

  11. Thanks, Edouard! Google Translate did a pretty decent job of getting me the gist of the piece.

  12. Bonjour,

    Je viens de lire tardivement ce message qui me touche beaucoup et corespond totalement à mon optique de préservation et d’élevage : il est bon de préservé la génétique mais meilleur de le faire en conservant les conditions d’élevage !
    J’aurais apprécier échanger avec M. Mauvy…!
    Dans un article parue dans le Magazine du Cheval Arabe France n°73 , Robert Mauvy énonce les pédigrées écrits par El Khebir remontant un arbre généalogique de 5000 années… Ou peut on trouver ces pédigrée, et comment connaitre les chevaux qui descendent exclusivement de ces lignées. Si ces chevaux appartenais à Baz arrière grand père de Noë cela voudrais dire que tous les chevaux du monde d’aujourd’hui seraient descendant de ces ligné ?

    J’en reviens donc à la création du cheval arabe au temp d’Ismaël… Une création bien à part, un caractère différent, des robes différentes, un squelette différent…

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